Je suis d’ici : Cette
maison est la maison familiale, c’est la 4 eme génération
du côté de ma mère, mon père était
ouvrier technicien agricole et a travaillé dans une usine de
nougat à Loriol . Ma mère était dans le textile
.
Je suis allé à l’école à Cliousclat,
il y avait deux classes et c’était un couple d’instituteurs
monsieur et madame Aubert, puis ce fut monsieur et madame Jean et
j’ai passé le certificat d’étude en 1959
à 14 ans. Les trajets pour aller à l’école
étaient sympathiques, il n’y avait pas de ramassage scolaire
et comme il y avait 2 km à faire on se retrouvait tous sur
le chemin. Mes meilleurs souvenirs sont là, il s’y passait
tellement de choses, on repartait à pied, quelques uns, les
plus aisés, avaient un vélo mais les autres marchaient.

Après le certificat il fallait bosser, ma mère était
seule et il fallait manger. J’ai tout de suite commencé
à la poterie de Cliou. Apprentissage avec Antonin Anjaleras,
pendant trois ans, j’ai passé le CAP et je suis resté
là , j’y suis resté jusqu’à la retraite
avec toutefois une interruption de cinq ans, où je suis allé
faire du grès à Nîmes .
A Cliou j’ai débuté à 6 anciens francs
par semaine. Mon arrivée s’est passée simplement.
J’ai rencontré Félicien Besson dans le couloir
, il partait casser la croûte, (avant il n’y avait pas
les 35 heures), il y était depuis 5 h du matin et il m’a
dit « ben voilà le tour, tu prends un morceau de terre
et tu te débrouilles » . A cette époque il y avait
Charles Chanteperdrix, Pierre Boissy Marcel Jouve et Antonin Anjaleras
qui tournait encore, à 79 ans il a pris un apprenti, moi, et
il m’a signé un contrat. Je faisais le manœuvre
au début, quand les tourneurs étaient au casse croûte,
on me disait : « allez vas-y débrouille toi »,
sinon j’allais casser la terre, c’était à
la pelle et à la pioche, en 59 , il fallait beaucoup de terre
et on a tiré « un terrier » : On piochait la terre
et à la brouette on l’amenait au séchage sur une
hauteur de 20 cm environ. Il fallait la sécher, en été
3 à 4 jours mais en hiver c’était bien plus long,
j’ai vu l’époque où la terre était
tirée par les bœufs.
La terre était un peu à trier mais peu, il fallait vérifier
si elle n’était pas trop sableuse, la rentrer au bon
moment car il ne fallait pas qu’elle soit trop humide ou trop
sèche donc quelque soit le jour, dimanche ou pas, la rentrer
au bon moment.
J’ai eu mon diplôme en 1962. Il y avait une épreuve
technique et une épreuve générale à St
Uze , sous le contrôle de l’éducation nationale.
J’y suis allé en vélo. Je suis donc passé
ouvrier. Les ouvriers étaient payés à la pièce
ou plutôt au compte, tout temps perdu : pas de sous, donc on
ne me montrait que rarement ce qu’il fallait faire, je pouvais
juste observer et essayer de temps en temps. Cela me plaisait beaucoup,
l’ambiance de la poterie, alors après l’armée,
j’ai repris . On est apprenti toute sa vie dans ce boulot, je
faisais des pièces de commande, souvent au début, je
faisais les pièces pas rentables et celles que les autres ne
voulaient pas faire. Le dernier qui arrivait c’est lui qui faisait
ce que les autres ne voulaient pas faire .On tournait au pied avec
la galoche, le moteur n’est arrivé qu’en octobre1960
. j’ai quand même connu ça. Il y avait un coup
à prendre pour le lancer le tour, le tour ne tourne pas toujours
à la même vitesse.
Ce qui nous a tous marqués, le jour ou le moteur est arrivé,
le tourneur de l’époque l’a essayé pour
le montrer. C’était Marcel Jouve, il fait deux pièces
de vaisselier et le lendemain il prenait une attaque et il est décédé.
Cela nous a tous très perturbés. Comme en 1936, la semaine
de congé payés est mis en place, à la poterie
, Paul Demas est le seul à les prendre et il n’est jamais
revenu, ça faisait le deuxième super tourneur qui touchait
au progrès et qui n’en revenait pas. Je suis parti en
1964 pour l’armée et ensuite je suis revenu, en 2 ou
3 jours le coup est revenu pour tourner et là, j’étais
payé aux pièces.
En octobre 64 c’est le père, Philippe Sourdive qui a
racheté la poterie, et c’est Mr Chanteperdrix qui tournait,
et il y a eu Félicien Besson qui tenait vraiment la baraque,
il a fait toute sa carrière à la poterie.
Dès 65 il y a eu des jeunes qui venaient apprendre à
tourner, le premier je crois était Jean Claude Bouix . C’était
des jeunes qui faisaient en quelque sorte le retour à la terre.Il
faut dire aussi que dans les années 20 la poterie était
surtout destinée au lait, pots à lait etc… puis
avec l’apparition de la matière plastique le lait n’était
plus ramassé dans les fermes , le tourisme augmentant, la poterie
a changé, il y a eu des décors, cela c’est Philippe
Sourdive qui l’a apporté.
Je suis ensuite parti à Nimes en 77 , les frères Sourdive
ont commencé vers 78, je suis revenu en 82 car Chanteperdrix
a pris sa retraite, et il n’y avait plus de tourneur, Olivier
est venu me rechercher en 82, comme c’était Cliou, je
suis revenu. J’ai repris cette maison ici à Cliou et
j’ai racheté les parts de la maison de mes soeurs.
Pour reparler du travail du tourneur la terre était broyée
avant de la tourner, et si on devait mettre des anses on les mettaient
le lendemain.
La couleur c’est après le 3e jour, on la fait sécher
complètement puis on la cuit, pour le décor c’est
encore une deuxième cuisson .c’est cuit à 980
degrés, c’est du plomb faut pas oublier, c’est
ça l’alquifoux - vernis à base de plomb - (De
l’Arabe al-kuhûl – alquifu Espagne – alquifal
France ).
J’ai vu quelques apprentis, c’est un métier où
il faut poser des questions et observer, mais moi j’ai appris
sur le tas, les apprentis eux allaient à l’école
une demi journée par semaine. Ce qui me fait plaisir c’est
que c’est un ancien apprenti qui revient reprendre le flambeau
Mathias, on l’a connu tout jeune.

Dans le temps il y avait plusieurs poteries mais à partir de
1922 celle ci était la seule qui restait. Vers 1850 il y avait
8 fours de 20m2 qui tournaient il existe un petit bouquin (vendu à
la poterie) qui en parle avec tous les renseignements sur les emplacements.
Dans le métier de potier, tout a une explication, par exemple
il fallait de grandes pièces pour l’ossature dans le
grand four, dans la grosse pièce on mettait une pièce
moyenne et dans la moyenne une plus petite, on remplissait à
fond.
La couleur par exemple, le noir pour cuire a besoin de plus de chaleur
que le jaune, donc pour le placement dans le four tout était
calculé .maintenant c’est de la rigolade la cuisson,
les brûleurs ont tout changé, avant c’était
des fagots et il fallait toujours surveiller. Le chat noir c’était
celui qui enfournait et surveillait la cuisson, c’était
le chef, une grande responsabilité.
Il existait tout un monde aussi à coté de la poterie
il fallait du bois, à l’époque les pots étaient
transportés en charrette à cheval à Loriol.
En tout cas si tu veux faire fortune va ailleurs mais sinon c’est
un métier extraordinaire quand tu y mets le petit doigt tu
n’en sors plus. Tous les ans il y avait à Cliou, la vogue,
devant la treille muscate, on cherchait les filles, on buvait la marquisette,
au début elle était bonne mais s’il risquait d’en
manquer alors on y ajoutait de la limonade. Il y avait une fanfare
à cliou et il y avait le café restaurant chez Boissy
.
C’était le centre de Cliou, puis il y a eu l’Atelier
resto bistrot, et c’est devenu la Fontaine. Je n’étais
pas comme les autres, pour moi le plaisir c’était le
vélo, je faisais des ballades et grâce à ça
je connais tous les coins et recoins du pays. Et quand j’ai
pris ma retraite on m’a offert un super vélo vraiment
un beau cadeau !