Voilà 55 ans que je suis dans l'arboriculture, j'ai pris la
suite de mon père. Dans les années 34/35 il travaillait
chez Mr Caillé qui était un précurseur dans la
vallée de la Drôme après avoir pris modèle
dans la vallée de l'Heyrieu chez Mr Faure.
Les pêches sont arrivées vers 1930 à Mirmande.
Mon père on l'appelait "Totor", on le connaissait
plus sous ce surnom que sous son nom de famille. Pour moi on m'appelle
Pierrot, on cultivait surtout la pêche , puis arrivent les abricots
et ensuite les Kiwis depuis une trentaine d'années.
En 33 le prix d'un kilo de pèches ça payait la journée
de l'ouvrier, le kilo se vendait 20 francs et mon père était
payé chez Mr Caillé 17 francs la journée, c'était
une pêche tardive "l'aribot" aujourd'hui il n'y en
a plus. Il y avait une variété précoce, la "May
flower" on plante l'arbre et si on arrose bien, en 2 ou 3 ans
on récolte. Pendant la guerre on avait un peu de vigne aussi,
on faisait du vin. Avec mon père on a agrandi la ferme, il
y a eu de nouvelles variétés de pêches américaines,
les "Dixired" et Redhaven" ça incitait à
planter.
Avant un arbre vivait environ 25 ans et à présent on
l'arrache entre 16 à 18 ans. Il y a eu plusieurs variétés
d'arbres, souvent c'était le hasard pour trouver une nouvelle
variété, après avec les Américains tout
allait plus vite. Habituellement le pêcher était greffé
sur un pêcher sauvage mais rapidement les arbres étaient
jaunes à cause du calcaire, Monsieur Caillé à
trouvé un prunier à cochon qui poussait dans les talus
et il a greffé là-dessus et c'est comme ça qu'il
a pu étendre les plantations, on l'a appelé le prunier
de Mirmande et on arrachait des drajons que l'on donnait au pépiniériste.
Depuis 30 ans on a des hybrides car à force de planter ces
pêchers greffés sur le prunier à cochon ça
dégénère et les greffes sur pêchers amandiers
ça résiste beaucoup mieux et ça grossit beaucoup
plus vite surtout avec l'arrosage . Après avoir arraché
les arbres vers les 15 ans, il faut attendre au moins 3 ans pour laisser
la terre se refaire. En 44 les fruits n'étaient plus ramassés,
on faisait de l'eau de vie pas très bonne. 
On est à la merci du temps, en temps de sécheresse les
fruits sont petits. A l'époque mon père avait un cheval
mais il a été confisqué pour la guerre, le même
jour le cheval et l'ouvrier sont partis à la guerre.
En 40 mon père a été réformé pour
une tuberculose. Comme on avait plus de cheval on avait une sorte
de treuil avec un moteur pour tirer la charrue mais ça marchait
pas terrible. Après on a eu des bœufs et maintenant un
tracteur, avant on mettait trois jours avec les bœufs pour un
champ et avec le tracteur il faut 3 heures.
C'est Mr Caillé
qui était visionnaire, c'est lui qui expédiait ses fruits
à Paris, il achetait aux autres leurs marchandises pour ensuite
l'expédier. C'est pareil pour le maquis il avait imaginé
tout ce qu'il faut pour éviter que les jeunes partent en Allemagne
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Pour les fruits il était toujours à la recherche de
nouvelles variétés. C'est aussi Mr Caillé qui
était à l'origine de la coopérative de Loriol,
je pense avant les années soixante. Mais avec tous les intermédiaires
et les taxes et le transport c'était pas un vrai rapport
.
Dans les années 50 il devait avoir une quarantaine d'arboriculteurs,
aujourd'hui il en reste 6 où 7 pour une surface de plantation
plus grande. J'ai passé les rennes à mon fils Patrick,
ça lui plait, l'arboriculture c'est plaisant, mais la main
d'œuvre est de plus en plus chère. Pour l'eau c'est toujours
Monsieur Caillé qui a fait que l'on a une station de pompage,
très important pour nous tous.
C'est moi qui ai mis au point une calibreuse pour les pêches,
et j'allais les livrer à la coopérative. A l'époque
il n'y avait pas beaucoup de fourgons pour les transporter
Marcelle Rivier (Voir galerie Sapet) venait à l'époque
de mon père et plus tard chez moi ramasser des cerises à
la maison, Mon grand père était cordonnier, il y en
avait deux à Mirmande et même trois bistrots . J'ai été
remplacant Facteur dans le temps, pendant trois ans, même vers
Cliousclat , je connais beaucoup de monde. en ce temps là il
y avait beaucoup de vignes. Pour ramasser les fruits on embauche des
saisonniers, souvent on les connaît bien, avant c'était
des ouvriers de la haute Ardèche, ensuite c'était les
Espagnols, puis les soixante-huitards (les Hippies) puis un peu les
Marocains.
A l'époque il y avait une petite fanfare à Mirmande,
je jouais du piston, on allait souhaiter la bonne année en
musique, j'ai commencé à 14 ans. Maintenant je ne joue
plus. En tout cas arboriculteur c'est un métier qui m'a plu,
ça a été ma vie, même après une
année mauvaise on en est pas mort., voila, 55 ans d'arboriculture
et avant c'était mon père alors j'ai vraiment aimé.
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