


PERSPECTIVES ET CONTES DE FEES
Quand j’étais petite,
je croyais que les gens qui se mariaient se rencontraient automatiquement
dans une foire organisée qui ressemblerait un peu à
la Fête de l’Huma. Ca m’angoissait terriblement.
J’imaginais une immense foule compacte encerclée de barrières
métalliques, où tous les célibataires adultes
y entraient nus parce qu’un jour ils ne rentreraient plus dans
leur vêtements d’enfant. Tous ces gens venaient brutalement
d’être plongés dans l’âge adulte, et
avaient quitté la maison de leurs parents parce que c’était
dans l’ordre des choses. Il fallait tout acquérir, et
pour commencer : des vêtements et un conjoint. J’espérais
que ce jour n’arriverait pas en hiver : j’aurais beaucoup
trop froid. En plus je ne savais pas où se trouvait cette foire,
elle pouvait être très loin , et je me voyais m’y
rendre à pied puisque je n’aurais pas encore de voiture.
L’idée de me balader nue me gênait terriblement,
ma pudeur en prendrait un sacré coup, alors comme je n’aurais
pas non plus d’argent, je m’improviserais un costume en
carton ; et je me disais qu’avant de partir de chez mes parents
il ne faudrait pas oublier de prendre mon tube de colle . En même
temps, je me disais qu’en étant habillée de la
sorte, j’avais toutes les chances d’être ridicule
. Finalement, je me suis dit que je ne devais pas être la seule
à y avoir pensé, et qu’après tout la moitié
qui me serait destiné devrait aussi faire face à cette
situation embarrassante : l’homme que je rencontrerais serait
peut-être habillé d’herbes ou de fougères.
Une chose m’inquiétait terriblement : comment vais-je
trouver l’âme sœur dans cette foule immense ? Il
serait tout à fait possible que l’on se croise sans cesse
sans jamais se voir, avec tout ce monde ! Et comment se reconnaître
? Alors, je décidais que je me posterais à l’entrée
du site, comme ça je verrais sûrement entrer ou sortir
l’ homme vêtu de fougères : en un regard nous comprendrions
que nous serions l’un à l’autre. Finalement, ce
sera facile... C’est bien joli tout ça … mais après…
QU’EST-CE QUE JE VAIS BIEN POUVOIR LUI DIRE ? …
Je ne m’en sortirais jamais de cette histoire. Alors tant pis,
je serais chanteuse : comme Dalida . C’est beaucoup plus réaliste.
J’aurais toujours une robe qui brille, je passerais suffisamment
de temps à la télé, ce qui fait que je n’aurais
pas à aller dans ces espèces de Fêtes de l’Huma
où il fait toujours froid, je ferais rêver toutes les
petites filles de mon âge, …et finalement ce ne sera pas
si mal…
MARIE-THERESE SIMONE !