Marie Thérèse Simone


PERSPECTIVES ET CONTES DE FEES

Quand j’étais petite, je croyais que les gens qui se mariaient se rencontraient automatiquement dans une foire organisée qui ressemblerait un peu à la Fête de l’Huma. Ca m’angoissait terriblement. J’imaginais une immense foule compacte encerclée de barrières métalliques, où tous les célibataires adultes y entraient nus parce qu’un jour ils ne rentreraient plus dans leur vêtements d’enfant. Tous ces gens venaient brutalement d’être plongés dans l’âge adulte, et avaient quitté la maison de leurs parents parce que c’était dans l’ordre des choses. Il fallait tout acquérir, et pour commencer : des vêtements et un conjoint. J’espérais que ce jour n’arriverait pas en hiver : j’aurais beaucoup trop froid. En plus je ne savais pas où se trouvait cette foire, elle pouvait être très loin , et je me voyais m’y rendre à pied puisque je n’aurais pas encore de voiture. L’idée de me balader nue me gênait terriblement, ma pudeur en prendrait un sacré coup, alors comme je n’aurais pas non plus d’argent, je m’improviserais un costume en carton ; et je me disais qu’avant de partir de chez mes parents il ne faudrait pas oublier de prendre mon tube de colle . En même temps, je me disais qu’en étant habillée de la sorte, j’avais toutes les chances d’être ridicule . Finalement, je me suis dit que je ne devais pas être la seule à y avoir pensé, et qu’après tout la moitié qui me serait destiné devrait aussi faire face à cette situation embarrassante : l’homme que je rencontrerais serait peut-être habillé d’herbes ou de fougères. Une chose m’inquiétait terriblement : comment vais-je trouver l’âme sœur dans cette foule immense ? Il serait tout à fait possible que l’on se croise sans cesse sans jamais se voir, avec tout ce monde ! Et comment se reconnaître ? Alors, je décidais que je me posterais à l’entrée du site, comme ça je verrais sûrement entrer ou sortir l’ homme vêtu de fougères : en un regard nous comprendrions que nous serions l’un à l’autre. Finalement, ce sera facile... C’est bien joli tout ça … mais après…
QU’EST-CE QUE JE VAIS BIEN POUVOIR LUI DIRE ? …
Je ne m’en sortirais jamais de cette histoire. Alors tant pis, je serais chanteuse : comme Dalida . C’est beaucoup plus réaliste. J’aurais toujours une robe qui brille, je passerais suffisamment de temps à la télé, ce qui fait que je n’aurais pas à aller dans ces espèces de Fêtes de l’Huma où il fait toujours froid, je ferais rêver toutes les petites filles de mon âge, …et finalement ce ne sera pas si mal…

MARIE-THERESE SIMONE !

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